Je prends donc mon train pour Dheli vers 23h00. N ayant pas pu reserver mon billet a l avance je me retrouve sans numero, les couchettes et les sieges etant complet. Le train arrive et alors qu il roule encore assez vite, plusieurs indiens se mettent a courir a cote et saute a l interieur en s accrochant aux poignets exterieures, les portes des trains restant ouvertes. Je comprendrai assez vite que je ne suis pas le seul sans billet numerote. En effet, les indiens prenant frequement le train, celui-ci est constament plein. Les billets non numerote etant tres bon marche, ils n hesite pas a voyager sans place assise. Etant donne qu a chaque gare des passagers descendent du train, ce sont les premiers monte qui pourront esperer avoir une place. Je dis esperer car a l interieur les passagers montes dans les gares precedentes sont deja a attendre. Pour ma part, j attends sagement que le train s arrete et que les voyageurs s arretant a ma gare soient descendus pour monter dedans. Je me retrouve dans un premier temps uniquement accroche a la poignet exterieure, les pieds sur les marches servant a monter dans le train. Avec mon gros sac sur le dos, je ne m imagine effectuer les 18 heures de trajet dans cette position. Je commence a forcer le passage (les indiens le font donc faut pas se gener) et me rends compte que finalement c est courant et que personne ne se trouve etonne de mon comportement. J arrive donc a l interieur du couloir et apres avoir trouve de place pour mes pieds je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de mon sac. Dans le compartiment, sur les places assises (bancs) se trouve 2 fois trop de monde : il doit y avoir 4 places par banc et ils sont 6 ou 7 avec d autres assis sur leurs genous. Le banc en face est de meme surcharge. Entre les deux, alors que leurs jambes sont colles avec les voisins d en face, se trouve allonge une personne, de meme que sous chacun des bancs. Sur les couchettes au dessus des bancs, c est la meme chose, 6 ou 7 gars se trouvent colles les uns aux autres tentant de poser leurs pieds sur la couchette d en face ou les passagers ont la meme problematique. Dans le couloir ou je me trouve, la plupart des gens sont assis par terre (parfois couche dans la crasse pour les plus chanceux) et d autres restent debout colles les uns aux autres (comme moi). Au dessus du couloir, se trouve le compartiment pour les bagages. Je pourrais y poser mon sac mais sur la premiere couche de bagages se trouvent allonges des voyageurs qui n ont pas l intention de bouger. Enfin si on leve la tete de part et d autre du wagon, au niveau des portes de sortie, on remarque des dizaines de passagers qui ont reussi a s accrocher soit aux ventilateurs, soit au dessus de la porte de sortie (qui est ouverte vers l interieure) ou encore a tout ce qu ils peuvent. Si vous avez deja jouer a tetris (pas le premier mais un des derniers en 3 dimensions) vous pouvez comprendre la scene. Le train demarre et apres 15 minutes ou les secousses du wagon font que l ont arrive plus ou moins a elargir sa place, je peux m assoir sur mon sac. Trente minutes plus tard, je pourrai meme me glisser tel un serpent au milieu des jambes pour finalement me retrouver allonge la tete et le buste dans le couloir, les jambes sous un banc en compagnie d un autre gars qui me ronfle dans les oreilles (mais comment fait il pour dormir?). Je resterai dans cette position environ 2 heures. A chaque arret, le va et vient entre ceux qui descendent et ceux qui montent font que l on me pietine tout le corps mais ayant vraiment lutte pour obtenir ma place je comprends qu il vaut mieux souffrir quelques instants que de la perdre. Apres avoir donc passe 2 heures allongees, la poisse : j ai envie d aller au toilette. Je resiste quelques minutes en me disant que cela va peut etre passe, mais non au contraire. Je me resigne a tenter de me diriger vers la porte de sortie pour y aller au prochain arret (2 gars dorment deja dans les wc du wagon). Au final je ne pourrai sortir qu au deuxieme arret. Il faut en fait preparer sa sortie bien avant si on veut avoir une chance de pouvoir sortir, aller au wc et revenir avant que le train ne reparte. En revenant dans mon wagon, 3 gars sont assis aur mon sac (que j ai attache a une poignet avec mon cable et mon cadenas). Je commence donc a patienter debout, de plus en plus creuve (je suis parti de Pokhara au Nepal a 7h00 du matin et la il est 3 heures du lendemain matin) par les 20 heures de bus et de train. Courage, plus que 14 heures. Mes jambes me font de plus en plus mal, ainsi que mon dos, mes bras et peut etre ma tete aussi, enfin je ne sais plus mais ca fait mal. A ce moment la un militaire indien commence a me parler en anglais. C est rare de trouver dans ces wagons a “tarif reduit” quelqu un qui parle anglais. Beaucoup de gens pense qu en Inde, les gens parlent cette langue, mais pour penser cela il faut etre reste uniquement dans les rues touristiques, ou c est vrai tout le monde parlent l anglais. Cette partie de la population indienne ne voyage pas dans ces compartiments. Le militaire est vraiment tres correct avec moi. Le top est qu il fait se serrer 4 indiens pour me permettre de le rejoindre et de discuter avec lui. A partir de la je vais passer 14 heures a discuter avec lui et les autres (il faisait le lien) et a gouter a toutes sortes de nourriture. Meme s il est conseille de faire attention a ce que l on mange en Inde, je vais transgresser regulierement cette regle. A chaque arret on peut acheter par la fenetre toute sorte de nourriture, tel que samoussa, pomme de terre au curry, fruits … Le pire que j ai fait est de manger tous ces fruits avec leur peau sans meme les laver. Sur le moment je n ai pas reflechi, et quelques minutes apres je me suis dit que j avais peut etre fait une betise, mais non je ne tomberai pas malade (je touche du bois mais depuis mon depart, je mange de tout et je n ai eu aucun probleme. La seule chose que je ne fais pas encore est de boire l eau du “robinet”). Maintenant que j ai une place (pas confortable du tout mais une place assise quand meme) je peux vraiment apprecier la vie dans le train ou tout le monde est oblige de cohabiter tant la place devient un sujet de preoccupation pernament. Cette foule entassee, ces indiens qui chantent, ces odeurs de nourriture epice, cette chaleur etouffante font des voyages en train indien une experience vraiment inoubliable. Mais au final peut etre que la prochaine fois je reserverai un billet a l avance, a voir … 
Arrive a Old Dehli, je prends un trickshaw pour trouver un hotel. Nous traversons une bonne partie de la ville pour arriver a New Dehli. Le conducteur va bien sur essayer de m amener dans un des hotel avec lequel il travaille. En fait si vous acceptez d aller dans ces hotels avec lui (c est la meme chose pour les restaurants, bars, boutiques, agences de voyage), vous etes sur de payer plus cher : les hotel donnent une commission a ceux qui rabattent des clients dans leur locaux. Mon conducteur m epliquera que si j accepte d aller avec lui, il touchera 150 roupies pour une chambre de 300 roupies. Si vous y allez donc seul vous pourrez negocier la chambre a 150 voire 100 roupies (avec le chauffeur cela sera impossible). 
Un conseil donc, restez le plus souvent seul quand vous visitez une ville car chaque fois que vous serez accompagnes vous payerez plus cher, meme si vous ne voyez rien car devant vous bien sur ils ne touchent pas d argent sur le moment. Ils vous diront bien sur que ce n est pas vrai et beaucoup arriveront a vous convaincre tant ils sont competant dans ce domaine. Vous ne pouvez meme pas imaginer ce qu ils sont capable de faire ou de dire pour recuperer quelques pieces, ni meme les expressions de visage qu ils arrivent a prendre pour jouer sur la culpabilite ou la compassion. Pour ma part a Dehli, les seules personnes avec lesquelles j ai pu un petit peu parler sont celles que j ai aborde de moi meme (et encore). Toute celles qui sont venues me parler n ont eu qu une seule idee en tete. Sans arret on vous dit “bonjour” ou comment “allez-vous”. Si vous repondez poliment comme j ai pu le faire au debut, ils enchainent avec “d ou venez vous” et ensuite ne vous lachent plus, et cela tous les 2,5 metres. Apres une journee a vous balader vous ne repondez meme plus. 
Une des choses qui surprend, bien plus qu au Nepal, c est la quantite de vaches qui se promenent dans la rue. 
En Inde les vaches sont sacrees (comme leur mere comme ils disent) et donc ils les laissent vivre avec eux surtout pour celles qui sont trop vieilles pour travailler. Pour mieux comprendre le phenomene ils faut savoir qu alors que la moitie de la population creve la dalle, ils ont tente de racheter toutes nos vaches succeptibles d avoir attrape la maladie de la vache folle et que nous avons tuees, pour les mettre dans des sortes de maisons de retraite pour vaches. Ces vaches ne mangent que ce qu elles trouvent dans les detritus laisses par les hommes et donc elles passent leur journee a se promener dans les rues a la recherche de nourriture. 
Si a Paris on se plaint des dejections canines, il faut venir se remonter le moral ici (imaginez les dejections de vaches qui ne mangent pas un brin d herbe). Je suis donc arrive a la capitale indienne tres fatigue de part mon sejour au Nepal et de part mon trajet d environ 35 heures en transport local. Cet etat de fatigue a certainement emplifie ma perception de la misere indienne, quoi que … Le premier jour je me balade uniquement dans mon quartier, celui des guesthouse et donc des magasins, restaurants, internet-café … avec son lot de rabatteurs et de mendiants qui vont avec. Une fois que vous avez compris leur manege cela ne pose pas de probleme de les renvoyer jouer plus loin. Pour les rabatteur il suffit de dire que c est la 3eme fois que vous venez en inde et que vous etes a Dehli depuis 2 semaines. Si vous dites que c est la 1ere fois que vous venez en Inde et que vous venez juste d arriver a Dehli, ils ne vont plus vous lacher car cela signifie que vous ne connaissez ni leurs combines ni le prix des choses et donc vous etes une proie ideale. Cette journee ne m aura pas permis plus que ca de recuperer mais n aura pas ete non plus horrible dans la mesure ou je m etais prepare a voir cette misere : enfants qui vivent dans la rue et qui mendient avec un bebe sous le bras (la mere n est jamais tres loin), lepreux avec le bout des doigts et des pieds ronges par la maladie, manchots, aveugles … Bref je savais que cela allait etre difficile. Le deuxieme jour sera bien plus difficile. Je me leve a environ 6h00 pour profiter du calme de la ville et sort de mon quartier en marchant. En a peine une heure je rejoindrai le vieux Dehli ou se trouve les quelques monuments de la ville a visiter tel le Fort Rouge 

ou encore le temple des Sikhs (ceux qui portent le celebre turban sur la tete) et la mosque. Sur le chemin je commence a croiser de nombreuse personnes qui sont nees avec de terribles malformations. Je pense que l on ne peut pas imaginer l etat de ces gens ou alors il faut se diriger vers les universites de medecine ou sont exposes dans des bocaux des foetus nes malformes. Plus loin vous tombez nez a nez avec les lepreux, mais pas ceux de la veille qui peuvent encore se deplacer, mais plutot ceux qui terminent leur vie en attendant que des gens les entretiennent. Le probleme est que si vous etes un peu misereux personne ne vous donne car il y a pire ailleurs mais par contre si vous etes trop misereux comme ceux-la c est la meme chose car on a peur de vous. Au final ils sont regroupes sur le trottoir et passent la journee a gemir non pas pour vous demander de l argent ou de la nourriture mais uniquement parce qu ils souffrent attrocement. Vous vous retrouvez tres vite au milieu d un film d horreur ou je pense que les cineastes pourraient aisement developper leur intelligence. Asseyez vous sur le bord de la route et essayer de comprendre comment peuvent cohabiter les indiens “normaux”, ces vaches que l on respecte plus que tout, les chiens qui font leur vie en parallele, les misereux pour qui finalement leur etat est devenu leur gagne pain et ceux qui sont le plus touches qui semblent deja mort. Ils sont la au milieu de la ville, des quartiers, des trottoirs, mais en fait ils n existent deja plus. La seule chose qui fait qu ils existent encore est que les passants les evitent de degout. Il faut bien realiser que cette “communaute” n est pas restrainte mais on la retrouve dans quasiment chaque quartier (mis a part les rues touristiques ou l on n accepte que les pauvres assez select, genre les discotheques de chez nous). Vous ne savez que faire devant ces scenes de rue qui n en finissent pas de vous ecoeurer. Bien sur vous voulez rester sobre pour ne pas enfoncer encore plus ces pauvres types en faisant des mines de degouts et vous cherchez des coins pour en sortir mais plus vous avancez et plus vous vous enfoncez : des sables mouvants de misere. En restant quelques minutes assis je regarde 2 gars qui, a la facon du trappeur posant ses pieges, amene sur leur dos des personnes ne pouvant plus marcher. Au depart je pensais qu ils les amenaient d urgence a l hopital vue l etat de decomposition, mais non ils les allaient les deposer a des places strategiques pour faire la manche. Une fois depose, il ne restait plus qu a placer le bras tendu, la main ouverte vers le ciel et a partir en chercher un autre. Je pense que le soir (je ne suis pas reste pour voir) ils reviennent les recuperer et ramasser l argent se trouvant dans la main. Encore un type ou deux qui se pissent dessus (ou qui se vident debout sur le trottoie), qui s ecroulent dans les dejections, qui manquent de se vomir dessus et je decide de rentrer vite et de partir courir pour m aerer l esprit, ou plus certainement pour fuir. Ce ne fut pas une bonne chose car lors de ma course les scenes vont continuer et meme empirer. Sur le bord des grandes avenues ou les voitures roulent a 80 km/h se trouvent allonges des gars le bras tendu. A 10 metres, il est impossible de savoir si ces personnes sont encore en vie. Pour cela il faut s approcher et observer leur ventre bouger. Ils n ont aucune chance de voir une voiture s arreter mais ils sont la, etendus, tres certainement sans meme avoir conscience de ceux qu ils font et leur main tendu semble plus etre une habitude prise dans leur vie qu une reelle volonte de recuperer de l argent. Toutes mes convictions concernant les choses a faire ou a ne pas faire dans les pays pauvres pour ce qui est de la pauvrete volent rapidement en eclat et plus j essaie de trouver des reponses (non pas la reponse universelle qui n existe pas, mais mes reponses a moi qui me permettent d avancer en etant en accord avec convictions) plus je me retrouve dans le flou tant les images d horreur se succedent. Encore une fois mon etat de fatigue ne m aide pas et doit meme rendre ma vision encore plus noire, mais normalement lorsque je cours, au bout de 20 minutes tout s eclaircit, mon cerveau s etant oxigene. Cette fois ce n est pas le cas. Mon temps de course etant passe, et n etant pas encore arrive a mon quartier, j effectue la derniere partie en marchant. Je ne suis pas au mieux et je vais exploser. Bizarement ce n est pas un homme dans la misere qui va me faire craquer mais un animal. Je continue donc de marcher et de traverser la “misere” quand je vois un chien comme il y en a des centaines dans le quartier, qui marchent vers moi et me regarde gentillement. Vous savez ce regard de chien apeure qui sourit en esperant trouver du soutien. Ca me fait un bien fou de voir cette mine souriante aariver a ma hauteur.Il s ecarte de moi pour passer sur ma gauche et la je vois son ventre qui n etait d ailleurs plus la. Il venait de se faire arracher toute la peau de cette partie du corps laissant apparaitre les cotes a moities arrachees et tout ce qui va avec a l interieur . La je n ai qu une envie, c est de l achever mais je n en suis pas capable. Du coup encore une fois je fuis, ne trouvant pas de reaction plus adapte a la situation. Je rentre et je m enferme dans mon dortoir. A partir de la je vais passer 3 jours a rester dans ma chambre a essayer de trouver des solutions par rapport a ce que je venais de vivre. Je ne suis sorti que pour manger, dans mon quartier bien sur ou la misere est acceptable. D ailleurs si j ai decide de partir seul hors de la ville (je ne sais pas encore ou mais hors de la ville) c est du fait de mes rencontres dans ces 3 jours la. A chaque fois que j ai essaye de parler de ce que j avais vecu, ils me repondaient que pour eux aussi les rabatteurs de magasin etaient difficile a supporter, tout comme les enfants leur reclamant de l argent mais que finalement Dehli etait parfais pour acheter des fringues tant les prix etaient bas. C est decide demain je quitte la ville. Le lendemain je prends un trickshaw pour la gare ferroviaire afin de trouver un billet pour le rajhastan. Sur la route je croise un bus gare sur le bord. Je lui demande ou il va, il me repond a Dharamsala au nord du pays. J arrete mon taxi et saute dans le bus sans trop savoir ou je vais. |